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La spéculation haussière extrême à l’égard du pétrole, un signal d’avertissement?

Patrick Ceresna
6 février, 2017
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La spéculation haussière extrême à l’égard du pétrole, un signal d’avertissement?

Après l’entente de l’OPEP visant à réduire la production intervenue vers la fin de 2016, une vague d’enthousiasme a donné un élan au cours du pétrole et au secteur de l’énergie, l’opinion étant que la faiblesse du marché pétrolier était désormais chose du passé.  L’emballement lié à l’activité de négociation découlant de l’optique « réflationniste » de Trump jouant lui aussi, la fin d’année a été très solide en 2016.  Le cours du pétrole WTI a terminé l’année en hausse de plus de 100 % par rapport à son creux de 26,05 $ du 11 février 2016. Dans un même temps, le FNB iShares S&P/TSX Capped Energy Index ETF (TSX : XEG) marquait la fin de l’année avec une croissance de 68 % par rapport à son creux de 8,33 $ du 20 janvier 2016.

La grande question : cet enthousiasme est-il exagéré?    

Il suffit de jeter un coup d’œil aux rapports d’engagements des négociations (Commitments of Traders) de la CFTC pour avoir un indice intéressant. La CFTC publie ce rapport depuis des dizaines d’années pour informer le public en faisant état de la négociation sur les marchés à terme.  Depuis que ces rapports sont publiés, les négociateurs cherchent à en analyser les données pour comprendre le positionnement des spéculateurs et des opérateurs en couverture commerciaux.

Voyons comment sont structurés ces rapports. Dans ceux-ci, les négociateurs sont divisés en trois catégories : les opérateurs en couverture commerciaux, les grands spéculateurs et les petits spéculateurs.  Les opérateurs en couverture sont généralement d’importants négociateurs (le plus souvent de grandes entreprises), qui ont recours au marché des contrats à terme principalement pour couvrir leurs activités d’affaires. Les grands spéculateurs sont bien souvent des fonds de grande taille qui se positionnent de façon spéculative afin de profiter des baisses ou des hausses anticipées.  Les petits spéculateurs regroupent quant à eux toute l’activité dont la taille n’est pas suffisante pour qu’il soit nécessaire de la déclarer.

La première chose qui retient l’attention sur le marché du pétrole brut, c’est que les opérateurs en couverture commerciaux utilisent principalement le marché des contrats à terme pour verrouiller les coûts de production, ce qui fait qu’ils se retrouvent perpétuellement en position vendeur, comme le montrent les barres bourgogne du graphique ci-dessous. Les barres mauves représentent l’intérêt en cours des grands spéculateurs.  Le premier graphique ci-dessous est tiré du rapport annuel de 2014.  On remarquera que la spéculation maximale a été atteinte le 1er juillet 2014, lorsque le marché comprenait plus de 450 000 contrats nets en position acheteur au moment où le cours du pétrole se situait à 105,00 $ le baril.  Par la suite, le marché du pétrole est entré dans une phase baissière très marquée qui l’a dévasté pendant les 18 mois suivants.

Il est intéressant de noter que l’on compte aujourd’hui un peu moins de 500 000 contrats nets en position acheteur parmi les grands et les petits spéculateurs, ce qui est supérieur aux chiffres enregistrés en 2014.

Comme les rapports de la CTFC ne sont pas des outils permettant d’anticiper le marché à court terme, rien ne garantit que le même scénario se répétera dans le contexte macroéconomique et géopolitique mondial actuel.  Toutefois, si le sentiment du marché changeait, la liquidation des positions acheteur des spéculateurs pourrait entraîner un déséquilibre de liquidité qui rabaisserait les prix. Cela pourrait rapidement mettre un frein à l’emballement de ceux qui misent sur une poursuite du redressement dans le secteur de l’énergie.

On peut à tout le moins dire que les investisseurs qui détiennent des titres du secteur énergétique et pétrolier ont de bonnes raisons d’acheter une protection pour couvrir le risque de baisse.  J’ai traité du processus de couverture dans des billets de blogue précédents, comme celui-ci :

Ceux qui n’ont pas peur du risque et qui sont prêts à spéculer peuvent quant à eux envisager l’achat d’options de vente à plus longue échéance sur les pétrolières et les sociétés vulnérables du secteur de l’énergie.  Le risque de perte est certes présent, mais les occasions liées à une baisse pourraient présenter un aspect asymétrique.

Patrick Ceresna
Patrick Ceresna http://www.learntotradeglobal.com

Gestionnaire spécialisé en produits dérivés

Learn to Trade Global

Patrick Ceresna est stratège principal en produits dérivés chez Learn to Trade Global. Détenteur des titres de technicien de marché agréé (CMT), de gestionnaire spécialisé en produits dérivés (GSPD) et de gestionnaire de placements agréé (CIM), Patrick donne de la formation sur les produits dérivés pour la Bourse de Montréal TMX à l’intention des investisseurs et des professionnels des placements de partout au Canada en leur expliquant les nombreuses utilisations intéressantes possibles des options dans la gestion d’un portefeuille de placements. Patrick se spécialise dans l’analyse des conditions macroéconomiques du marché mondial et dans la manière de les convertir en possibilités de placements et d’opérations réalisables. Spécialisé dans l’analyse technique, il fait des rapprochements entre les différents thèmes macroéconomiques et s’efforce de comprendre à quel moment s’amorcent les tendances et à quoi elles mèneront vraisemblablement. En misant sur sa connaissance approfondie des opérations sur options, il cherche à créer des possibilités de majoration du rendement sans pour autant négliger la gestion et la définition des risques ni la création de revenus accrus et constants. Patrick est le concepteur et le professeur des programmes de formation sur les opérations sur options (Option Masters), l’analyse macroéconomique (Macro Masters) et les aspects techniques (Technical Masters) des marchés de Learn to Trade Global. Il crée aussi du contenu à l’intention des abonnés à optionsource.net utilisé pour les webinaires quotidiens et en direct d’analyse du marché, les services d’alerte et les portefeuilles modèles.

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