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Les lettres grecques – le véga

Martin Noël
30 mars, 2017
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Les lettres grecques – le véga

Cette semaine nous abordons une autre variable grecque, le véga. Le véga mesure la variation du prix de l’option suite à une variation dans la volatilité du titre sous-jacent. On se rappellera que la valeur temps de l’option est influencée par le temps à courir jusqu’à l’échéance, ainsi que par la volatilité implicite au prix de l’option. Une augmentation de la volatilité implicite a pour effet de faire augmenter la valeur temps de l’option – et par ricochet la prime totale de l’option – alors qu’une baisse de la volatilité implicite provoque une baisse de la valeur temps. Ainsi avoir du véga dans son portefeuille signifie qu’on tirera avantage d’une hausse de la volatilité implicite des options. À l’inverse, avoir un véga négatif dans son portefeuille signifie qu’on tirera avantage d’une baisse de la volatilité des options. On ajoute du véga dans son portefeuille en achetant des options alors que la vente des options produit un véga négatif dans notre portefeuille. Or, comme dans la vie réelle toutes les variables, soit le prix du titre, le taux d’intérêt, le dividende, la volatilité et la valeur temps, ont le potentiel de bouger en même temps, il devient difficile de mettre en place des stratégies qui tireront exclusivement avantage du mouvement de la volatilité sans tenir compte des autres variables. Ainsi, ce qu’on cherchera à faire c’est de maximiser nos chances de réussite en choisissant une stratégie qui ira dans le sens de nos anticipations à la fois sur la direction du titre et sur la direction de la volatilité implicite.

 

Graphique de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CNR)

pour la période du 9 novembre 2016 au 24 mars 2017

Évolution de la volatilité implicite des options d’achat CNR 170616 C 94.00

Données tirées du site de la Bourse de Montréal

 

Prenons un exemple sur la compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CNR) alors que le titre se négociait à 96,75 $ à la clôture des marchés le 24 mars 2017. Nous pouvons observer ci-dessus deux graphiques, un qui illustre l’évolution des cours boursiers sur CNR et un autre qui suit les fluctuations de la volatilité implicite sur les options d’achat CNR 170616 C 94.00 pour la période du 11 novembre 2016 au 24 mars 2017. (Nous avons choisi les options d’achat CNR 170616 C 94.00 pour des raisons pratiques alors qu’il aurait été préférable de suivre l’évolution des options à parité échéant dans un mois tout au long de la période.) Comme nous pouvons le constater, la volatilité implicite n’est pas statique et elle fluctue en fonction de l’offre et de la demande des investisseurs pour les options. Plus les investisseurs veulent acheter des options, plus la volatilité implicite augmente et vice-versa lorsque les investisseurs sont plutôt vendeurs d’options. Avec le court échantillon que nous avons, nous pouvons constater que le niveau supérieur à 20% semble agir comme un niveau de volatilité élevé alors que le niveau inférieur à 18% semble agir comme un niveau de volatilité relativement faible. Veuillez prendre note qu’il nous faudrait être en possession d’une période beaucoup plus longue pour tirer de meilleures conclusions mais pour les fins de cet article cela sera cependant suffisant.

Or, un investisseur, qui trouve que la volatilité implicite est trop élevée au début du mois de novembre et qui après analyse du graphique boursier croit que la tendance haussière se poursuivra, pourrait tenter de profiter à la fois de la hausse du titre et de la baisse de la volatilité implicite anticipée. Lorsqu’on pense hausse dans le prix du titre, la première stratégie qui nous vient en tête c’est l’achat d’option d’achat. Cependant, comme une baisse de la volatilité implicite a un impact négatif sur le prix de l’option, il serait alors préférable de choisir une autre stratégie. La vente des options de vente est la stratégie toute désignée pour tirer à la fois de la hausse dans le prix du titre et de la baisse de la volatilité. En effet, lorsqu’on vend une option de vente on fait des profits lorsque le prix des actions augmente, et on profite également d’une baisse de la valeur de l’option de vente engendrée par la baisse de la volatilité implicite. C’est donc du gagnant-gagnant.

Ainsi le 9 novembre 2016, alors que CNR se négociait à 84,76 $, un investisseur aurait pu vendre les options de vente CNR 170317 P 84.00 à 3,75 $ et encaisser 375 $ par contrat vendu. À des fins de comparaisons, nous allons également suivre l’achat des options d’achat CNR 170317 C 84.00 à 4,15 $

Le 25 novembre 2016, CNR se négocie à 90,20 $, CNR 170317 P 84.00 à 1,75 $ et CNR 170317 C 84.00 à 7,60 $ alors que la volatilité implicite vient de baisser sous 18%. Nous avons donc un profit de 2 $ par action sur les options de vente et de 3,45 $ sur les options d’achat. On observe ici que la hausse du titre fût plus importante que l’impact de la baisse de la volatilité implicite sur les options d’achat.

Liquidons les positions et réévaluons CNR!

L’investisseur croit que le titre est toujours en mode haussier et il décide alors d’acheter des options d’achat CNR 170317 C 90.00 à 3,60 $ que nous allons comparer à la vente des options de vente CNR 170317 P 90.00 à 3,75 $.

Le 13 décembre 2016, CNR se négocie à 89,86 $, CNR 170317 C 90.00 à 3,70 $ et CNR 170317 P 90.00 à 4,00 $ alors que la volatilité implicite vient de surmonter le niveau de 21%. Dans ce cas-ci, nous pouvons constater que même si le titre a baissé nous avons tout de même préservé la valeur de nos options d’achat avec une légère perte de 0,05 $ par action alors que l’impact de la hausse de la volatilité implicite sur la vente des options de vente a généré une perte de 0,25 $.

Liquidons les positions et réévaluons CNR!

Rien ne nous permet de croire que la tendance s’est inversée et l’investisseur est toujours optimiste. Il décide donc de vendre des options de vente pour tirer avantage à la fois de la hausse du titre et de la baisse de la volatilité implicites potentielles. Ainsi il vend des options de vente CNR 170317 P 90.00 à 4,00 $ que nous allons comparer à l’achat des options d’achat CNR 170317 C 90.00 à 3,70 $.

Le 2 février CNR se négocie à 89,70 $, CNR 170317 C 90.00 à 1,85 $ et CNR 170317 P 90.00 à 2,40 $ alors que la volatilité implicite vient de baisser sous 18%. Comme précédemment, CNR n’a pratiquement pas varié. Ce qui signifie qu’on a eu tort sur la direction. Mais comme on a eu raison sur la volatilité implicite, qui a baissé, nous avons été en mesure de dégager un profit de 2,15 $ par action sur les options de vente alors que les options d’achat ont perdu 1,30 $ par action.

Comme on peut le constater, l’utilisation de la volatilité implicite dans notre processus décisionnel est un élément qui peut nous permettre de parer les coups lorsqu’on a tort et d’augmenter nos profits lorsque nous avons raison sur les deux plans. C’est donc un élément de plus à prendre en considération le moment venu de mettre en place nos stratégies.

 

 

Bonnes transactions et bonne semaine!

 

Les stratégies présentées dans le cadre de cette chronique ne le sont qu’à titre d’information et de formation et ne doivent pas être interprétées comme étant des recommandations pour acheter ou vendre toutes valeurs mobilières. Comme toujours avant de mettre en place des stratégies d’options assurez-vous d’être à l’aise avec les scénarios proposés et d’être prêts à en assumer tous les risques.

Martin Noël
Martin Noël http://lesoptions.com/

Président

Corporation Financière Monetis

Martin Noël a obtenu un MBA en services financiers de l'UQÀM en 2003. La même année, il a reçu le Brevet de l'Institut des banquiers canadiens et la Médaille d'argent pour ses efforts remarquables dans le cadre du Programme de formation bancaire professionnelle. Monsieur Noël a commencé sa carrière dans le domaine des instruments dérivés en 1983 à titre de mainteneur de marché sur options, sur le parquet de la Bourse de Montréal, pour le compte de diverses firmes de courtage. Il a également occupé le poste de spécialiste sur options et, par la suite, de négociateur indépendant. En 1996, monsieur Noël est entré au service de la Bourse de Montréal à titre de responsable du marché des options où il a contribué au développement du marché canadien des options. En 2001, il a participé à la création de l'Institut des dérivés de la Bourse de Montréal où il a œuvré à titre de conseiller pédagogique. Depuis 2005, Martin est chargé de cours à l'UQÀM où il enseigne un cours sur les instruments dérivés au deuxième cycle. Depuis mai 2009, il est président à temps plein de la CORPORATION FINANCIÈRE MONÉTIS, une société active dans la négociation professionnelle et en communication financière. Martin agit comme collaborateur régulier en matière d’options pour la Bourse de Montréal.

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