Idée de négociation
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Diversificateurs de portefeuille

Richard Croft
30 mars, 2017
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Diversificateurs de portefeuille

Je présume que tous les investisseurs comprennent la valeur de la diversification. Il s’agit d’arriver à une stratégie à long terme, pour le portefeuille, qui donnera des résultats avec un niveau de risque acceptable.
Les obligations jouent souvent un rôle de diversificateur de portefeuille. Le taux d’intérêt, fixe, offre des liquidités essentielles au portefeuille pour compenser les principaux risques associés aux actions. Cependant, ce versement fixe peut faire fluctuer le prix des obligations, particulièrement dans un cycle de hausse des taux. Lorsque les taux augmentent, la valeur des obligations diminue; plus la durée à l’échéance est longue, plus grandes sont les répercussions sur le prix de l’obligation. Dans le contexte actuel de taux à la hausse, les obligations pourraient être les actifs présentant le risque le plus élevé du portefeuille.

Le défi, dans un tel cas? Faire la part des avantages d’un flux de liquidités en contrepartie des risques associés à une classe d’actifs qui pourrait subir l’impact négatif d’une hausse des taux d’intérêt. On peut notamment songer à des titres qui offrent un flux de liquidités supérieur à la moyenne, mais qui sont moins sensibles aux taux d’intérêt que les obligations. Considérons, par exemple, les actions privilégiées et les options d’achat couvertes.

Les actions privilégiées de bonne qualité sont une bonne option si vous croyez qu’elles sont sous-évaluées par rapport aux obligations. Avant la crise financière, les actions privilégiées de bonne qualité (cotées P1 ou P2) se négociaient généralement avec un rendement de 80 % du taux payable sur les obligations de société à 10 ans de la même entreprise.

La différence dans le rendement reflétait les avantages fiscaux du revenu de dividende contre le revenu d’intérêt, ce qui est toujours d’actualité. Ce traitement fiscal préférentiel a créé une structure par laquelle le rendement après impôts dans un compte non enregistré d’une action privilégiée est légèrement plus élevé que le rendement après impôts des obligations de société de l’entreprise. Et avant la crise financière, la plupart des participants au marché croyaient que des actions privilégiées de bonne qualité ne comportaient pas beaucoup plus de risques que les obligations de la même entreprise.

La crise financière a changé tout cela. De nombreuses actions privilégiées de bonne qualité, aux États-Unis, ont cessé de payer des dividendes parce que la direction de l’entreprise était en mesure de le faire sans craindre de mener son entreprise à la faillite. Les paiements d’intérêts sur les obligations sont obligatoires conformément à l’acte de fiducie sur l’obligation; cependant, aucune protection du genre n’est en place pour les actionnaires privilégiés.

Malheureusement, bon nombre d’actions privilégiées canadiennes ont été mises dans le même sac, même si la plupart d’entre elles ont continué à verser des dividendes pendant la crise financière. Conséquemment, les actions privilégiées canadiennes ont actuellement un rendement d’environ 120 % du rendement payable sur les obligations de société à 10 ans de l’entreprise. Ce changement fait de ces instruments d’excellentes solutions de rechange par rapport aux obligations.

Un substitut sous forme d’options d’achat couvertes

Les options d’achat couvertes constituent l’autre substitut de revenu fixe. Cela peut sembler contre-intuitif, puisque les options d’achat couvertes sont généralement liées à des participations, ce qui ressemble bien peu à de la diversification. Cependant, ce jugement pourrait être un peu sévère.

Un bon diversificateur devrait avoir une corrélation faible, ou, idéalement… négative avec les titres de participation. Lorsque les titres sont à la baisse, le diversificateur tend à aller dans la direction opposée, ce qui, dans les faits, réduit la volatilité du portefeuille. Les obligations ont toujours bien joué le rôle d’amortisseur parce que les investisseurs institutionnels passent habituellement des actions aux obligations lorsque le marché boursier est à la baisse. Vous pourriez aussi dire que les obligations offrent de la stabilité, puisqu’elles tendent à montrer environ 70 % de la volatilité d’un portefeuille d’actions bien équilibré.

Cependant, dans l’environnement actuel, les actions frôlent des sommets historiques et l’on prévoit que les taux d’intérêt vont monter. Une cession d’actions pourrait s’accompagner d’une hausse des taux d’intérêt, ce qui pourrait mener aussi à une baisse des obligations. La seule diversification à tirer des obligations pourrait être qu’elles évoluent à un rythme beaucoup plus lent que les actions.

Dans l’environnement actuel de taux à la hausse, vous pouvez probablement obtenir la même diversification des options d’achat couvertes, avec un meilleur taux de rendement. En l’occurrence, les options d’achat couvertes ne montrent qu’environ 70 % de la volatilité des positions acheteur sur actions (voir l’Indice MX des ventes d’options d’achat couvertes par rapport à une position exclusivement acheteur dans l’iShares S&P/TSX Index ETF). La stratégie génère aussi des revenus de dividende et de gains en capitaux, ce qui constitue un avantage de plus comparativement aux revenus d’intérêt.

Si vous choisissez de vendre des options d’achat sur des actions sensibles aux taux d’intérêt, vous pourriez profiter d’un avantage de plus en matière de diversification. Par exemple, le fait de vendre des options d’achat sur BCE Inc. est un substitut intéressant aux obligations. En matière de rendement, BCE a tendance à évoluer d’une façon semblable aux obligations, puisque les taux à la hausse font généralement baisser le cours des actions. Toutefois, la vente d’options d’achat peut venir pallier une portion de cette diminution.

En songeant de nouveau aux taux d’intérêt, vous pourriez aussi vendre des options d’achat sur les banques canadiennes. Avec les banques, vous avez un actif qui profite des taux d’intérêt plus élevés parce que la marge d’intérêt nette s’en trouve améliorée.

Au bout du compte, il reste qu’aucun investisseur à long terme ne devrait détenir qu’une seule catégorie d’actifs… particulièrement les actions. La volatilité associée aux actions est tout simplement trop grande pour être tolérée par la plupart des investisseurs. Le résultat? Des investisseurs individuels qui prennent de mauvaises décisions au pire moment.

Le fait d’avoir recours à des substituts pour des obligations offre de la diversification, ce qui diminue la volatilité du portefeuille, permettant ainsi aux investisseurs de tenir le cap tout au long d’un cycle boursier typique. En boni : un flux de liquidités fiscalement avantageux qui gonflera le rendement à long terme du portefeuille!

Richard Croft
Richard Croft http://www.croftgroup.com/

Président et gestionnaire de portefeuille

Croft Financial Group

Richard Croft est actif dans le secteur des valeurs mobilières depuis 1975. Depuis février 1993, M. Croft est conseiller en placement et gestionnaire de portefeuille agréé et exerce ses activités sous le parapluie de la société R. N. Croft Financial Group Inc. Richard Croft a beaucoup écrit sur l’utilisation des actions individuelles, des fonds communs de placement et des fonds négociés en bourse à l’intérieur d’un portefeuille modèle. Il est notamment l’auteur de neuf livres et de milliers d’articles et commentaires publiés dans les grands médias canadiens. En 1998, il a développé en collaboration avec d’autres trois « indices FPX » (indices du Financial Post) destinés à l’investisseur canadien moyen. En 2004, il a élargi le concept et développé trois indices de portefeuille « RealWorld », qui sont des indicateurs du rendement des indices FPX après correction en fonction des coûts réels. Il a aussi développé deux indices d’options pour la Bourse de Montréal et la méthodologie « FundLine », une interprétation graphique de la diversification des portefeuilles. Richard Croft a aussi développé un indice de la valeur ajoutée par le gestionnaire qui permet de noter le rendement des différents gestionnaires de fonds en fonction du risque par rapport à un indice de référence. En 1999, il a codéveloppé un système de gestion de portefeuille pour la société Charles Schwab Canada. À titre de gestionnaire de portefeuille de calibre mondial qui met l’accent sur le rendement ajusté en fonction du risque, Richard Croft estime que le rendement ne veut rien dire si on ne sait pas comment il a été obtenu.

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