Est-ce que la volatilité a perdu son pouvoir de prédiction?

Le 20 novembre 2008, l’indice de volatilité implicite de la Bourse (MVX) a atteint un sommet de 80,68 - comme on peut s’y attendre de la part d’une mesure de risque. Le sommet a été atteint quand les mauvaises nouvelles ont commencé à inonder les médias et quand l’indice composé S&P/TSX a plongé à 7 724 (baisse intrajournalière de 765 points).

Cependant, depuis ce temps, le MVX oscille entre 40 et 50, bien au-dessus du seuil antérieur de risque à 30, mais bien en deçà de son sommet. Et cela au moment où l’indice composé S&P/TSX a non seulement continué de descendre, mais se situe à un niveau plus bas que les creux atteints en novembre. Il s’agit donc de savoir si le MVX perd son pouvoir d’annonce de paroxysme de vente ou si le MVX signale que le marché va encore se dégrader.

Historiquement, les investisseurs ont toujours vu la volatilité comme une mesure de risque. Tout comme les passionnés de l’or se tournent vers ce métal précieux dans des périodes de turbulence des marchés. Mais dans cette crise, aucun n’a réagi comme on pourrait s’y attendre étant donné la précarité des marchés financiers.

Normalement, on s’attendrait à ce que le MVX atteigne de nouveaux sommets quand le marché est en pleine phase de capitulation. Parce que les investisseurs, surtout les investisseurs particuliers, achètent des options de vente pour protéger leur position ou pour prendre une position en prévision d’autres baisses. Comme les investisseurs particuliers se trompent souvent dans la détermination des principaux points de renversement, les indicateurs de volatilité sont considérés comme des indicateurs à contre-courant… suggérant aux professionnels en options que la meilleure stratégie est de vendre des options en période de forte volatilité.

Les choses sont-elles différentes cette fois-ci? Possiblement, si ce qu’on observe est un manque d’intérêt des investisseurs 1) qui ne veulent pas payer pour une protection à la baisse (même si le MVX est à 45, il y a un coût élevé à cette protection) ou 2) qui ne veulent pas spéculer sur une nouvelle baisse. La dernière possibilité peut sembler un bon signe, à moins que cela soit un signe beaucoup plus inquiétant… une grève des acheteurs.

Dans les annales de l’histoire, la Crise de 1929 était tellement grave qu’elle a pratiquement éliminé une génération de participants au marché. Est-ce que c’est ce qui se reproduit aujourd’hui? Entrerions-nous dans une première phase de perte d’une nouvelle génération de participants au marché pour toujours?

Si tel est le cas, parce que les investisseurs ont perdu confiance dans le système, ce marché pourrait prendre des années à s’en remettre. Tout comme il l’a fait lors de la Crise de 1929. Cela voudrait dire que les billions de dollars qui dorment, comme plusieurs analystes ont suggéré, ne pourraient jamais retourner dans le marché même une fois la reprise bien en installée.

Ce scénario offre une autre possibilité à ceux qui suivent les indicateurs de volatilité. Il est possible que le MVX augmente durant une reprise du marché, en supposant que la reprise dure pour une période continue… supérieure à quatre heures. Ce qui serait le résultat de l’entrée des investisseurs professionnels (c.-à-d. les mainteneurs de marché et les gestionnaires de fonds de couverture) prenant des positions vendeur au cours de la reprise.

De façon générale, les investisseurs professionnels protègent leur position vendeur soit en achetant des options d’achat pour protéger leurs actions, soit en achetant des options de vente au lieu de vendre à découvert les actions. Cette force d’achat fait grimper le prix des options, ce qui signifie implicitement que la volatilité issue des options augmentera et ainsi le seuil de l’indice MVX. Cela ne ressemblerait en rien à un sommet typique du MVX à cause de volonté des petits investisseurs à payer n’importe quel prix pour protéger leur portefeuille pendant un repli.

Si ce scénario devient la nouvelle norme, alors la volatilité ne serait plus un indicateur à contre-courant (c.-à-d. un indicateur qui, par son action, définit un creux du marché), mais plutôt un indicateur coïncident. Donc, un indicateur qui bouge en même temps que le marché – il augmente quand les actions grimpent et il descend quand les actions chutent.

De tout cela, il ressort que l’univers « passé » et l’univers « présent » ont des caractéristiques très différentes. Comme l’a dit Warren Buffet dans sa dernière lettre aux actionnaires,
« Investors should be skeptical of history-based models. Constructed by a nerdy-sounding priesthood using esoteric terms such as beta, gamma, sigma and the like, these models tend to look impressive. Too often, though, investors forget to examine the assumptions behind the symbols. Our advice: Beware of geeks bearing formulas. »

Entre autres choses, dans l’hypothèse que la volatilité a perdu un peu de son pouvoir de prédiction, cela confirme encore que les marchés financiers fonctionnent sous des circonstances sans précédent.

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