Un programme politique
- Posté par Richard Croft à 7 décembre 2008 dans Marché des options
Je me mêle rarement de politique. Toutefois, Joseph m’a posé une question pertinente qui mérite réponse : étant donné l’incertitude politique qui règne à Ottawa, quelles sont mes prévisions pour les marchés?
Tout cela a débuté quand les conservateurs ont présenté leur mise à jour économique. Cachée parmi un ensemble de mesures fiscales, les conservateurs avaient l’intention d’adopter une loi pour éliminer le financement public des partis politiques.
La tentative du Parti conservateur pour éliminer ce financement était purement politique. Cette mesure se chiffre à des millions de dollars dans une enveloppe financière de plusieurs milliards.
Pour empirer les choses, les conservateurs ont informé l’opposition que cette enveloppe serait soumise à un vote de confiance. Ils devaient croire que cette proposition passerait. Surtout si leur objectif était soit 1) de forcer des élections générales au moment où le Parti libéral bat de l’aile ou 2) de mettre en place des mesures financières tout en poussant à la faillite les partis de l’opposition.
Quel faux pas du Parti conservateur! Au bout du compte, le premier ministre Stephen Harper passera à l’histoire comme un grand rassembleur. Il a d’abord réuni la droite et maintenant avec ce faux pas financier, il a réussi à réunir la gauche.
Bien entendu, du moment où il a été question de coalition, les conservateurs ont retiré leur proposition sur le financement et ont soudainement souhaité travailler avec l’opposition. Au bout du compte, c’est ce sur quoi repose cet exercice démagogique.
Je crois que le budget du 26 janvier prochain inclura plusieurs mesures jugées importantes par la coalition. Il est fort probable que les libéraux se rétracteront. Sans chef, ils représentent le groupe le moins susceptible d’être attiré par l’odeur intoxicante du pouvoir. S’ils obtiennent quelques-unes de leurs revendications, les libéraux sauveront la face. Ils représentent une opposition viable, surtout avec la menace d’une coalition. Toutefois, cela suppose que les politiciens sont plus intéressés par le bien du pays que par leur propre programme.
Exception faite de la politicaillerie discutée ci-dessus, je pense que la mise à jour économique des conservateurs était correcte. Je ne pense pas qu’il est dans l’intérêt du Canada de jeter
30 milliards de dollars (le modèle de la coalition) avec l’eau du bain. Ici, l’eau du bain est l’aide financière américaine qui dépassera sûrement 5 billions $US (ce qui double la dette publique de Washington) et qui sera distribuée dans tous les secteurs de l’économie américaine.
Des plans d’aide d’une telle envergure ne sont pas gênés par les frontières. Le Canada profitera du stimulus américain, tout comme il est toujours touché quand l’économie américaine dégringole. Si on accepte cela, alors il est préférable de profiter de l’influence américaine tout en stimulant l’économie nationale avec une précision chirurgicale.
À quoi peut-on s’attendre du budget? Les conservateurs choisiront d’accélérer les dépenses en infrastructure. Comme on doit s’en occuper à un moment, pourquoi pas maintenant? Il y a des mesures d’aide pour le secteur canadien de l’automobile bien qu’elles soient plutôt motivées par la politique. À long terme, à moins que GM, Ford et Chrysler ne changent leur modèle d’affaires actuel, un sauvetage repoussera tout simplement l’inévitable.
Toute retombée politique sur les marchés financiers ne se produira pas avant le 27 janvier, moment où les marchés pourront tester la détermination de la coalition. Si l’enveloppe est acceptée, l’impact sera négligeable. Si la coalition fait tomber le gouvernement ou si le gouvernement démissionne, alors il y aura des implications. Et ça ne sera pas bon!

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