Pessimisme extrême

L’indice composé S&P/TSX est en baisse de 40 % par rapport à son sommet. C’est la même chose pour le Dow Jones Industrial Average et l’indice composé S&P 500. Ces replis importants sont causés par les ventes massives de la semaine dernière dans un vent de panique. On dit alors qu’il y a capitulation parce qu’un pessimisme extrême a été atteint, c’est-à-dire quand même les investisseurs les plus endurcis liquident leurs positions et se réfugient dans une zone sûre de préservation de capital. Le problème est qu’aucun des soi-disant paramètres pour constater le pessimisme extrême et la capitulation ne tient.

D’un point de vue technique, les marchés financiers nord-américains ont traversé chaque zone de résistance comme un couteau dans du beurre. À titre indicatif, le prochain gros support se trouve dans les niveaux les plus bas du marché baissier de 2000-2003. Plus particulièrement,
7 500 pour le Dow Jones Industrial Average qui a clôturé vendredi à 8 451,19 (valeur la plus basse enregistrée le même jour 7 882,51) et 790 pour l’indice composé S&P 500 qui a clôturé vendredi à 899,22 (valeur la plus basse enregistrée le même jour 839,80). On peut se consoler en disant que ces deux indices ont rebondi de leur creux avec une telle véracité que les investisseurs ont pu voir les plus grandes variations intrajournalières de l’histoire. Encore une fois, historiquement, un tel événement est un revirement important pour le marché.

Les données fondamentales ne sont pas d’un grand réconfort. Les taux de rendement des actions se sont accrus et les ratios cours-bénéfice sont réduits à des points qui, historiquement, auraient été de bons points d’entrée même si on est dans une récession prolongée. Et pourtant, les haussiers sont encore bousculés par les baissiers.

L’indice MX de volatilité implicite a dépassé 90 vendredi pour clôturer à 71. Cet indice mesure la volatilité intégrée au prix des options sur iShares CDN S&P/TSX 60 Fund. Ces niveaux sont des records qui, par définition, devraient indiquer une capitulation.

Fait intéressant, les experts semblent tous avoir le même refrain; personne ne veut vraiment s’avancer et dire qu’on a atteint un pessimisme extrême. Cela peut être l’argument le plus convaincant pour acheter, surtout que les marchés font rarement ce que les gens prédisent.

Pour ce qui est de ce que les experts croient savoir, quand on insiste, ils suggèrent avec beaucoup de réticence que nous pourrions connaître une autre baisse de 10 % à 20 % avant que les prix se stabilisent. Ils conseillent habituellement d’attendre que ça passe en gardant nos fonds. Mais ce conseil présuppose qu’on saura prêt à acheter après une autre baisse de 20 %. Cela nous amène à une autre chose : peu d’experts (incluant Warren Buffet) ont été capables de prédire un creux, encore moins ont acheté à un creux.

Nous savons que le marché boursier est durement touché par une crise de confiance dans le marché du crédit. Rétablir cette confiance a commencé sérieusement jeudi dernier quand Lehman a vendu ses swaps sur défaillance de crédit. La mauvaise nouvelle est que les titres ont été vendus pour 9 cents américains pour un dollar américain. Bien que douloureux, il y avait tout de même un marché.

Comme indiqué dans un communiqué de presse vendredi, nous savons que les banques centrales coordonneront leur effort pour faire le nécessaire afin ramener une stabilité dans les marchés financiers. Aujourd’hui, plus que jamais, on devrait appliquer l’adage qui dit : « Don’t fight the Fed. »

Parlant de la Réserve fédérale et de son partenaire le Trésor américain, nous savons aussi qu’une partie du sauvetage de 700 G$ sera utilisée pour prendre une participation dans des institutions financières américaines. Ces participations seront généralement achetées par le biais d’actions privilégiées convertibles et des bons de souscription d’actions. Ce qu’il faut retenir dans tout cela, du moins du point de vue des investissements, c’est que le Trésor pourra utiliser son pouvoir de persuasion de première ligne. Comme le gouvernement devient un actionnaire, les banques devront prêter à d’autres banques sinon elles subiront les foudres de l’actionnaire majoritaire.

Comme prédire un creux est hors de question, nous savons que la meilleure approche serait d’utiliser une méthode de la moyenne d’achat pour entrer dans le marché. Cela signifie dépenser un montant en argent à intervalles réguliers pour tirer profit de la volatilité. Acheter plus d’actions à des prix inférieurs et moins d’actions à des prix élevés.

Chasser des aubaines en utilisant le marché des options

Dans cette optique, les investisseurs en options ont une occasion unique pour participer au marché avec une stratégie qui tire profit de 1) la moyenne d’achat, 2) du sommet record du VIX et 3) des achats sur le marché selon l’avis des experts concernant le niveau de baisse
(c.-à-d. 10 % à 20 % en dessous des valeurs actuelles).

Suncor (TSX: SU, clôture de vendredi 26,09 $) est un exemple type. Avant d’exécuter une stratégie d’option, il faut évaluer la société sous-jacente. Quelles sont ces chances de survie? Il n’y a aucune garantie, mais si on suppose qu’il y aura besoin d’énergie à l’échelle mondiale, Suncor devrait survivre. Si on accepte cette hypothèse et qu’on ajoute l’opinion des experts, le risque de perte en cas de baisse serait de 10 % à 20 % au-dessous de sa valeur actuelle. Donc, SU devrait baisser sous la barre des 20 $ l’action.

De plus, si on suppose qu’on ne pourra pas prédire un creux absolu et que la méthode de la moyenne d’achat est le meilleur moyen pour entrer en jeu, on devrait donc acheter quelques actions maintenant et d’autres plus tard dans le but d’abaisser le prix net des actions à une moyenne de 20 % au-dessous de leur valeur actuelle sur le marché.

La dernière pièce de ce casse-tête consiste à tirer profit du niveau record des prix des options. Les options SU à long terme se négocient à une volatilité implicite supérieure à 75 %.

Pour terminer cet exemple, nous en venons au strangle couvert, une stratégie en trois étapes. D’abord, vous devez être prêt à acheter 1 000 actions SU. Le strangle couvert s’ouvre avec l’achat de 500 actions à leur valeur actuelle de 26,09 $.

La deuxième étape implique la vente de cinq options d’achat SU janvier (2010) 28 (elles sont techniquement des options à long terme) à 10,25 $ l’action. En vendant ces options, vous acceptez de vendre vos 500 actions initiales à 28 $ l’action à tout moment jusqu’au 16 janvier 2010, date d’échéance.

La troisième étape est la vente de cinq options de vente SU janvier (2010) 24 à 6,80 $ l’action. En vendant ces options, vous vous engagez à acheter 500 actions supplémentaires de SU
à 24 $ l’action jusqu’au 16 janvier 2010, date d’échéance.

Les investisseurs plus conservateurs peuvent mettre de côté des fonds supplémentaires dans un CPG venant à échéance en janvier 2010 afin de couvrir l’achat possible de 500 actions supplémentaires advenant l’exercice des options de vente. Les options de vente sont la version de la méthode de moyenne d’achat du marché des options.

Risque et potentiel

Maintenant, il faut voir ce que cette stratégie offrira dans le meilleur des cas et le pire. Commençons par calculer le coût net initial par action. Les 500 actions initiales de Suncor coûteront 26,09 $ l’action. Toutefois, vous recevez immédiatement 17,05 $ l’action par la vente des options (6,80 $ provenant des options d’achat + 10,25 $ provenant des options de vente = 17,05 $). Vous dépenserez donc un montant initial de 9,04 $ l’action.

Pour le meilleur scénario, la valeur du titre devrait supérieure à 28 $ l’action en janvier 2010. Dans ce cas, les options d’achat seront assignées et les options de vente expireront sans valeur. Vous devrez vendre vos 500 actions à l’acheteur des options pour conclure la transaction. Le rendement sur votre coût initial est de 212,5 % (prix de vente 28 $ divisé par le coût initial 9,04 $ moins 1 = 212,5 %).

Le titre pourrait aussi chuter d’ici janvier 2010. Si le titre baisse au-dessous de 24 $ l’action, les options de vente seront assignées et vous devrez acheter 500 actions supplémentaires à 24 $ l’action. Vous détiendrez ainsi 1 000 actions SU à un prix moyen de 16,52 $ l’action (coût initial 9,04 $ + prix du second lot 24 $ = 33,04 $ divisé par 2 = 16,52 $). Ce prix est considéré comme le seuil de rentabilité à la baisse.

Dans le pire scénario, on profite de la méthode de moyenne d’achat en détenant les actions à un prix moyen inférieur de 36,7 % par rapport au prix actuel sur le marché. Cela est en ligne avec l’opinion des experts qui disent qu’il y aurait encore une baisse de 10 % à 20 %.

Les investisseurs qui ont le plus de succès prennent des décisions qui ne tiennent pas compte de la peur et de la cupidité. Le seul moyen d’y arriver est de mettre l’emphase sur ce que nous connaissons, ce que nous croyons et ce que le marché nous donne. Cliquez ici pour un tableau dressant une liste de titres potentiels sur lesquels un investisseur pourrait exécuter le même strangle couvert.

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