Achat de dernier ressort

Si vous avez suivi mon conseil de la semaine dernière quant à l’achat d’options de vente à court terme le lundi, j’ose espérer que vous avez pu les liquider rapidement. L’idée était d’acheter des options de vente à court terme sur quelques titres financiers pour une transaction rapide.

Mais c’était la semaine dernière. Et maintenant?

Je remarque avec plaisir les nouvelles règles de divulgation proposées par la Securities and Exchange Commission (SEC) aux États-Unis. Ces règles visent à fournir plus d’informations au sujet des critères utilisés par les agences de crédit dans leur processus de notation de l’endettement des sociétés. Moody’s, Fitch, S&P et Dominion Bond Rating Service sont les principales agences. Il s’agit de donner plus d’informations sur la composition du crédit AAA, et de savoir si les degrés d’évaluation au sein d’une catégorie peuvent varier.

La logique de ces nouvelles règles de divulgation est subtile et, en surface, elles semblent être conçues pour fournir plus de clarté aux lecteurs. Mais si on gratte un peu, on s’aperçoit que c’est plus pour épater la galerie que pour donner plus de clarté.

Il ne faut pas oublier qu’il y a à peine un an, la SEC émettait de nouvelles règles de divulgation pour les agences de crédit. Les règles proposées cette semaine ont été introduites sans laisser beaucoup de temps pour que le premier jeu de modifications réglementaires soit absorbé. Encore moins pour savoir si les changements précédents ont eu l’effet escompté. Au-delà de la paperasse additionnelle et des pratiques de divulgation douteuses des agences de crédit, quel est le point?

Le point pourrait être un autre pas ouvrant la voie à la Réserve fédérale américaine (Fed) pour qu’elle devienne l’acheteur de dernier ressort pour le papier commercial sans valeur actuellement en circulation.

Souvenez-vous de mon billet du 15 mars dernier (Tout est question de liquidité). Je parlais de la Fed qui a échangé des titres du Trésor de haute qualité pour des titres adossés à des créances hypothécaires de haute qualité. En ce sens, la Fed devenait le prêteur de dernier ressort pour une industrie financière désespérée.

Être l’acheteur de dernier ressort signifie que la Fed (donc, les payeurs de taxe américains) absorbera la dette hypothécaire « de haute qualité » et l’effacera des livres des institutions financières. Comme vous pouvez l’imaginer, il y un risque moral énorme si la Fed prend cette direction. La Fed dit essentiellement qu’elle (les payeurs de taxe américains) sera là avec un chaudron d’or au bout de tout arc-en-ciel spéculatif dans l’industrie financière.

Ça ne plaira pas aux payeurs de taxe américains. Évidemment, ça ne sera pas acceptable si la Fed ne jette pas de bases suffisamment intéressantes avant de faire ce pas. Et la seule façon dont la Fed peut y parvenir est si les autorités prennent à l’avance des mesures appropriées qui lui permettront d’affirmer avec une certitude raisonnable qu’une telle situation ne se reproduira pas.

Le secrétaire américain au trésor Paulson a jetté quelques fondements en proposant de donner plus de pouvoirs à la Fed pour réglementer les banques à charte et les banques d’investissement américaines. Ce programme prendra huit à neuf années à mettre en place… juste assez de temps pour qu’un nouveau président pour deux mandats vienne et reparte.

Les nouvelles règles de divulgation de la SEC peuvent être tout simplement un peu de glaçage politique sur un gâteau très toxique. L’essentiel, c’est la présentation.

Si vous avez des doutes, prenez note des commentaires faits la semaine dernière devant la commission bancaire du Sénat par le vice-président de la Fed, Donald Kohn. Sans mentionner aucun nom, il a suggéré que la Fed serait prête à fournir encore de l’aide financière si cela était nécessaire pour protéger le système financier. Traduction : Lehman Brothers.

Son discours était intéressant parce qu’il s’est déroulé après que la Fed s’était déjà heurté à beaucoup de critiques – tant de l’extérieur qu’à l’interne – pour avoir fait augmenter le quotient risque moral en renflouant Bear Stearns.

Un tel commentaire perpétue un cliché bien connu de persuasion : les nécessités économiques éclipsent toujours les agendas politiques. Ici, elles éclipsent la position de canard boiteux du président Bush selon laquelle la Fed ne devrait pas être l’acheteur à cause des risques moraux concomitants.

Si une aide financière additionnelle était nécessaire pour protéger l’intégrer du système financier, cela placera les pions sur l’échiquier pour qu’elle soit l’acheteur de dernier ressort. Le chemin entre une aide financière et être un acheteur de dernier ressort pour protéger l’intégrité du système financier est très court.

D’un point de vue positif, si ce changement a du succès, il fera place une importante hausse à long terme pour les marchés boursiers. Hausse qui sera menée par les titres financiers.

Bien sûr, il y a les risques concomitants. En dehors du risque moral, l’acheteur de dernier ressort est la dernière munition de la Fed. C’est mieux de fonctionner!

À plus long terme, le risque est plus sérieux. Tout comme aucun titre ne peut augmenter à l’infini, la profondeur du portefeuille de la Fed n’est pas sans limites. Si cela permet de sauver le système cette fois-ci, qu’en sera-t-il la prochaine fois que l’industrie criera aux loups

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