Hémorragie pétrolière!
- Posté par Richard Croft à 7 juin 2008 dans Marché des options
Les bourses américaines ont chuté lourdement vendredi dernier. Voilà pour le grand titre. Ce qui importe, c’est qu’il ne s’agissait pas d’une capitulation. Comme le titre le suggère… une lourde chute.
Les indices de volatilité prouvent que ce n’est pas la fin de partie de consternation et de stupeur pour les marchés boursiers. Des deux côtés de la frontière, la volatilité des options a monté en flèche. Le VIX (indice de volatilité du CBOE) a terminé la séance à 23,56, en hausse de 4,93 pour la journée. L’indice MX de volatilité implicite a clôturé à 20,48, en hausse par rapport à 16,77. Le gros des données MX a été enregistré durant la dernière heure de négociation au moment où le S&P/TSX 60 a commencé à suivre le Dow vers le bas. Mais aucun de ces chiffres ne suggère un éclatement.
À ce jour, le marché canadien a été épargné à cause du pétrole. En fait, le marché canadien pourrait même connaître une autre hausse. Surtout si le pétrole atteint 150 $US le baril d’ici le 4 juillet, la dernière prédiction de Morgan Stanley. Mais croire que seul le pétrole sauvera les investisseurs canadiens repose sur le principe que le pétrole est dans un cycle haussier renouvelable à long terme. Un pari risqué qui pourrait terminer sur une pente très glissante.
À 150 $US le baril, l’impact sur les prix à la pompe fera mal au consommateur américain… très mal! Même la dernière hausse fera grimper le prix à la pompe au-dessus de 4 $US le gallon dans tout le pays. Cela veut dire beaucoup moins de revenus disponibles pour le consommateur, ce qui aura un effet négatif sur la croissance du PIB américain. Les pertes d’emploi augmenteront, comme on peut le constater… Le taux de chômage américain dépasse les 5,5 % en mai. Quand les investisseurs comprendront le vrai effet d’un gallon d’essence ordinaire à 4 $US, les marchés financiers capituleront. Et ensuite, on verra le prix du pétrole redescendre. Comme il l’a toujours fait.
La question est à quel prix trouve-t-on un équilibre entre l’offre et la demande. À mon avis, c’est quelque part au-dessus de 110 $US le baril. C’est toujours un seuil de prix élevé qui braquera les projecteurs sur des entreprises comme Suncor (TSX : SU), EnCana (TSX : ECA) et Canadian Natural Resources (TSX : CNQ). Mais c’est un prix où la croissance économique américaine peut être renouvelable et où les marges de profit des sociétés pétrolières demeureront élevées. La soi-disant fin de la partie post capitulation.
Le vrai risque pour les marchés financiers est si la hausse du pétrole est réelle et que les prix demeurent vraiment à un niveau de 150 $US. À ce prix, un ralentissement de l’économie américaine se traduira par un grave effondrement contrairement à la chute de vendredi de 394 points qui aura l’air d’un jeu d’enfant.
Les Canadiens ne sont pas immunisés contre le risque non plus. On ne vivra probablement pas un effondrement aussi sérieux, mais le pétrole seul ne pourra pas arrêter l’hémorragie.
Surtout si on combine les prix élevés du pétrole aux prix immobiliers inférieurs et aux dépréciations dans le marché du crédit. Cette combinaison létale signifie qu’encore une fois, on est au bord de l’abîme. Cette fois, on est poussé sur les bords par des prédictions abstraites sur un agenda spéculatif de la part des grandes banques d’investissement.
Revenons au point de départ, est-ce que quelqu’un d’autre trouve bizarre qu’un important analyste d’une banque d’investissement américaine fasse une prédiction si sensible? En passant, une prédiction que Morgan Stanley (NYSE : MS) était fière d’endosser en disant que les actes valent plus que les paroles. Ils ont pris une position spéculative importante sur la base que leur analyste dit vrai.
On pourrait même dire que Morgan Stanley a fait une passe de type Hail Mary en espérant améliorer leur bilan avant la parution de leurs prochains résultats. Si c’est le cas, cela fait état d’un problème encore plus sérieux, la santé et la pérennité à long terme de la plupart des vénérables banques d’investissement de Wall Street.
Si c’est vrai, et je n’ai aucune preuve que ça l’est, ça veut dire plus de problèmes pour CIBC (TSX : CM) qui est de loin le plus grand joueur canadien dans la crise du crédit aux Etats-Unis. Cela suggère aussi que l’achat d’options de vente CM à court terme ou sur une autre banque d’investissement américaine (Lehman Brothers NYSE : LEH, Goldman Sachs NYSE : GS ou Merrill Lynch NYSE : MER) peut être une meilleure stratégie que parier sur le pétrole à 150 $US le baril.

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