Tout est question de liquidité
- Posté par Richard Croft à 15 mars 2008 dans Marché des options
Dans mon article d’hier, je vous ai parlé des défis qui attendent la Réserve fédérale américaine. À partir d’une métaphore, celle du jongleur, j’ai discuté des problèmes possibles quand on lance trop de balles en l’air. Un jour plus tard, il est évident que ce n’est pas seulement le nombre de balles qui comptent, mais la vitesse à laquelle elles retombent. Ah! la gravité!
Mardi, le chef de la direction de Bear Stearns était à la télévision nationale (CNBC) pour déclarer que sa société n’avait pas un problème de liquidité. Deux jours plus tard, Bear Stearns demandait, par l’entremise de sa banque de compensation JPMorgan Chase, des capitaux additionnels par le biais de la fenêtre d’escompte de la banque centrale américaine.
Rapidement, c’est devenu de l’information publique. D’abord, JPMorgan Chase a voulu rassurer tout le monde en disant qu’elle ne demande pas des capitaux pour ses propres besoins. Mais qu’elle cherche des capitaux pour un client… Bearn Stearns. Dans le monde financier, la perception est la réalité.
Quelques points doivent être clarifiés. On peut se demander pourquoi Bear Stearns, un courtier opérant sur le marché primaire, choisit cette avenue quand elle a accès au refinancement de 200 G$ annoncé par la banque centrale américaine plus tôt cette semaine. La raison? Cette nouvelle mesure ne sera pas disponible avant le 27 mars. Manifestement, Bear Stearns ne peut pas attendre jusque-là.
Alors pourquoi Bear Stearns a baissé l’échine devant JPMorgan Chase? Pourquoi n’a-t-elle pas parlé elle-même à la Fed. La raison : Bear Stearns n’est pas une banque; elle n’a pas accès à la fenêtre d’escompte de la Réserve fédérale. JPMorgan Chasse, la banque de compensation de Bear Stearns, peut en bénéficier.
Maintenant, il est évident que le problème réel provient de la liquidité. Même, le papier commercial coté AAA n’a pas de marché secondaire facilement utilisable. Il n’est pas question ici de la qualité du crédit. Si vous détenez du papier commercial, vous obtenez des paiements réguliers d’intérêt et vous recouvrez votre capital à maturité. Le problème c’est que plusieurs joueurs ne peuvent pas le détenir jusqu’à maturité.
Voyez le de cette façon. Supposons que un grand fonds de couverture ayant un facteur d’amplification de 32 pour 1 reçoit un appel de marge pour son portefeuille. Il détient une dette AAA et cette dette est évaluée au pair dans ses livres.
L’appel de marge oblige le fonds de couverture à injecter des capitaux ou le courtier primaire vendra les actifs à n’importe quel prix. Le fonds de couverture n’est pas en mesure de répondre à l’appel et doit vendre ses actifs au meilleur prix. Disons qu’il vend à 95 cents pour chaque dollar.
Cela devient le nouveau prix du papier. Maintenant, d’autres institutions comme Bear Stearns doivent réévaluer le même papier qu’elles détiennent maintenant dans leur bilan à 95 cents pour chaque dollar. Elles doivent vendre avant le 27 mars afin de demeurer en affaires et de continuer d’agir à titre de contrepartie pour les autres institutions financières. La compensation étant l’activité principale de Bear Stearns.
Cela entraîne d’autres réévaluations et le cycle recommence. Plus on le fait souvent, plus le château de cartes risque de s’écrouler.
Sous cet angle, les baisses de taux d’intérêt ne résoudront pas le problème d’elles-mêmes. Les fonds de couverture à facteur d’amplification ne peuvent pas maintenir leur position, peu importe qu’ils empruntent de la mage à 3 % d’intérêt ou à 1 % d’intérêt. Ils recevront encore un appel de marge et devront encore y répondre.
La banque centrale américaine tentait visiblement de contourner ces problèmes en offrant d’échanger des titres liquides du Trésor pour du papier commercial AAA. Pas à temps pour sauver Bear Stearns. Cela montre la vitesse à laquelle les problèmes surgissent.
D’un point de vue positif, la Fed tentait d’intervenir pour sauver Bear Stearns. Cela signifie que, pour le moment, la banque centrale américaine ne permettra pas à Bear Stearns d’échouer. Bien que cela devrait quand même arriver dans quelques semaines ou, peut-être, quelques jours.
Vous devez aussi comprendre que les saignées qui ont lieu offrent des occasions. Surtout, les investisseurs qui ont des fonds de côté pourront entrer dans le jeu judicieusement et porront acheter quand tout le monde vend.
Pour les négociateurs d’options, cette occasion prend la forme de primes plus élevées. Alors, la vente d’options de vente sur des titres qui vous désirez détenir est une stratégie intéressante. La vente d’options de vente hors jeu sur les banques canadiennes qui ne sont pas beaucoup impliquées dans cette situation est très attrayante. Des noms comme la Banque Royale, la Banque Toronto Dominion et la Banque de la Nouvelle-Écosse.
Il est aussi temps d’examiner la vente d’options d’achat couvertes ou d’utiliser les spreads baissiers sur options d’achat pour les sociétés pétrolières. Ces sociétés sont vulnérables si le dollar américain se renforce. Un dollar américain plus fort entraînera à la baisse les prix du pétrole.
Mais cela se produira, seulement et seulement si, la Fed réussit à convaincre les banques centrales européennes de couper les taux elles aussi. Mon point de vue est fondé sur l’hypothèse que la Fed réussira à les convaincre.

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