Jongler avec un rendement décroissant

Avec combien de balles un jongleur peut-il jongler… 5, 6, 8, 10, 12?

Ou question encore plus pertinente : à quel moment un jongleur risque-t-il diminuer son rendement?

Le rapport avec les marchés financiers se trouve dans le rôle actuel de la Réserve fédérale américaine. Dans un effort visant à prévenir une récession, ou du moins limiter les dégâts, la Fed – et la Banque du Canada à un degré moindre – a lancé beaucoup de balles en l’air. Chaque nouvelle balle rapproche du concept du rendement décroissant.

Mardi, nous en avons vu un signe. Les négociateurs ont réagi à la dernière balle en faisant progresser le Dow Jone Industrial Average de 400 points.

La dernière balle représentait un échange important. En fait, la Fed américaine a échangé des titres du Trésor de haute qualité pour des titres adossés à des créances hypothécaires de haute qualité. Étant donné qu’il n’y a pas de marché secondaire pour ces derniers, l’échange a fourni des liquidités aux banques.

L’objectif est que les emprunteurs qui bénéficient d’un meilleur crédit s’intéressent à la liquidité accrue. À ce jour, ce segment du marché n’a pas été bien desservi. Pour contrecarrer la récession, les banques doivent améliorer leur pratique d’octroi des prêts, et jouer honnêtement. On peut évaluer le succès ou l’échec de leur pratique en mesurant l’écart entre les titres adossés à des créances hypothécaires et les bons du Trésor américains.

Au début, les négociateurs d’actions ont aimé ce qu’ils ont vu. C’est un autre exemple qui montre que la Fed est prête à tout pour contrôler la douleur à court terme. Mais c’est peut-être là le problème.

Chaque fois que la Fed lance la balle de la liquidité, cela dévie la trajectoire des autres balles déjà lancées – à savoir toutes les baisses successives de taux qui ont déjà eu lieu. Et selon toute probabilité, une autre baisse surviendra le 18 mars!

Le débat sur le rendement décroissant tourne autour de l’impact imprévu à long terme de toute tentative de correction du problème à court terme. Les baisses successives de taux d’intérêt, les injections de liquidité sous forme d’échange, les augmentations de la masse monétaire et de baisses d’impôt ont pour effet de diminuer la valeur du dollar américain.

Un dollar américain affaibli cause un impact négatif sur la richesse américaine, joue en faveur d’autres augmentations dans le prix du pétrole (le pétrole se négocie en dollars américains) et à long terme, entraîne l’inflation. On pourrait soutenir qu’un billet vert faible devrait aider le déficit commercial américain. À ce jour, cela ne s’est pas concrétisé – surtout à cause de la soif des marchés américains pour le pétrole importé.

Il en découle (et ça devrait être là pour un certain temps) une volatilité accrue. Le Dow était en hausse de 400 points mardi et en baisse de 48 points le lendemain. Une variation de 300 points de haut en bas jeudi. Tout cela touche le Canada, quoiqu’à un moindre degré.

Selon moi, nous demeurerons à l’intérieur d’une fourchette de négociation. S’il y a plus de balles en l’air, la fourchette s’élargira – ce qui devrait ajouter de la volatilité. Les stratégies de vente d’options devraient donc continuer à être performantes. Ou du moins, elles dépasseront les stratégies de détention d’actions.

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