Zone de turbulences pour la fourchette de négociation
- Posté par Richard Croft à 7 février 2008 dans Marché des options
De jour en jour, les marchés financiers continuent d’être secoués par des turbulences anormales. Les marchés sont tiraillés entre le vieux dicton boursier « ne luttez jamais contre la Fed » et l’incertitude grandissante sur l’exposition financière. Récemment, c’était le tour des assureurs américains d’obligations d’être le point de mire. Dans l’ensemble, il est question de la récession américaine, sa durée et son importance.
Le Canada s’en sortira plus facilement que les États-Unis. Notre exposition aux ressources naturelles, surtout le pétrole, freinera la volatilité. Un fait qui ne peut être dissimulé dans le marché des options.
Par exemple, le CBOE Volatility Index (VIX) s’est récemment négocié à 28,10. Le VIX mesure la volatilité intégrée aux options sur l’indice S&P 500.
Son pendant canadien, l’Indice MX de volatilité implicite (MVX), a terminé la séance de mardi à 23,35. Le MVX mesure la volatilité intégrée aux options sur parts iShares CDN S&P/TSX 60 Fund (symbole XIU, prix récent 76,41 $). Le MVX reflète les attentes des investisseurs par rapport à la volatilité du marché canadien qui, en ce moment, est de 16 % inférieure aux attentes du côté américain.
Personnellement, je crois qu’il est peu probable que le marché fluctue significativement dans un sens ou l’autre. Si vous acceptez l’hypothèse « ne luttez jamais contre la Fed », ça devrait offrir une résistance contre les replis du marché. L’incertitude actuelle devrait limiter le potentiel de hausse.
Si le marché américain demeure à l’intérieur d’une fourchette de négociation au cours du premier trimestre, le marché canadien le fera aussi. Sous ce scénario, la vente d’options d’achat couverte est encore ma stratégie préférée.
Cela étant dit, considérant les hypothèses actuelles de volatilité, vous pourriez préconiser la vente de straddles (options doubles) ou de strangles (positions combinées). Il faut néanmoins savoir que ces transactions sont beaucoup plus spéculatives.
La vente d’un straddle non couvert comporte la vente à la fois d’options de vente et d’options d’achat, sur les mêmes actions, ayant le même prix de levée et expirant à la même date. Un strangle est la vente à la fois d’une option d’achat et d’une option de vente non couvertes, sur les mêmes actions, ayant des prix de levée différents.
La vente d’un straddle ou d’un strangle non couvert entraîne un profit limité et un risque illimité. Le profit maximal provient de la prime nette reçue. Le risque provient du fait que le titre sous-jacent pourrait, en théorie, augmenter indéfiniment ou encore, en théorie, chuter à zéro.
L’avantage dans l’utilisation du XIU est qu’on négocie un large éventail d’actions. Un événement qui pourrait nuire au titre d’une société ne fera probablement pas monter ou chuter les parts à un niveau auquel vous ne pourriez pas réagir.
Le fait que le marché fluctuera énormément d’un jour à l’autre tout en clôturant à l’intérieur d’une fourchette de négociation joue en faveur du straddle ou strangle non couvert. Si cela se produit, le crédit obtenu par les primes d’options supérieures à la normale procurera un rendement convenable sur le capital servant à maintenir la position.
Par exemple, on pourrait vendre un strangle en vendant une option d’achat XIU mars 78 à 1,70 $ et une option de vente XIU mars 74 à 1,45 $. Ici, vous encaisseriez deux primes pour un crédit net de 3,15 $ l’action. Si le titre clôture à un prix se situant entre 74,00 $ et 78,00 $ à l’expiration en mars, les options expirent sans valeur et vous conservez les deux primes.
Le risque à la hausse est illimité. Si le titre augmente rapidement avant l’expiration en mars, vous serez assigné sur l’option d’achat et vous devrez acheter les actions dans le marché pour les céder à l’acheteur de l’option d’achat.
Il y a aussi un risque important à la baisse. Si le titre chute en deçà de 74 $ l’action, vous serez assigné sur l’option de vente et vous devrez acheter les actions XIU au prix de levée de l’option de vente. Bien entendu, il est peu probable que les parts ne valent plus rien, ce qui serait le pire scénario pour l’option de vente vendue.
Dans cet exemple, le strangle serait rentable (en excluant les frais de transaction) si, à l’expiration en mars, le titre clôture entre 71,85 $ (prix de levée de l’option de vente 74 $ moins prime reçue 3,15 $ = 71,85 $) et 81,15 $ (prix de levée de l’option d’achat 78 $ plus prime reçue 3,15 $ = 81,15 $).
La stratégie serait aussi rentable si les investisseurs devenaient trop optimistes. En d’autres mots, si les investisseurs croient que la volatilité va bientôt chuter, cela se reflétera dans le prix de l’option d’achat et de l’option de vente.
Par exemple, si les options XIU reflétaient la volatilité historique des titres sous-jacents (18 %) au lieu de la volatilité implicite actuelle (23,35 %), l’option d’achat XIU mars 78 se négocierait à 1,35 $ l’action (au lieu du prix actuel de 1,70 $) et l’option de vente mars XIU 74 se négocierait à 0,82 $ l’action (au lieu du prix actuel de 1,45 $), tous les autres facteurs demeurant constants.
Suivi sur BCE
Au cours des derniers blogues, je vous ai parlé de BCE Inc. On m’a demandé d’évaluer la probabilité que cette prise de contrôle se réalise.
En faisant mon suivi, j’ai lu un article intéressant dans l’édition de mardi du Globe and Mail. L’article en question évaluait aussi la probabilité de la prise de contrôle à partir du coût d’assurance des obligations BCE.
L’article soulignait que le coût d’assurance des obligations BCE reflétait le risque associé à une compagnie qui a un endettement important. Cela ne peut pas être expliqué par le ratio capitaux d’emprunt/capitaux propres de BCE.
Toutefois, si la transaction se concrétise, les acheteurs ont l’intention d’ajouter une dette supérieure à 27 milliards de dollars au bilan. Cela est important et peut expliquer pourquoi les assureurs veulent augmenter leur prix.
Selon cet article, les assureurs d’obligations croient que BCE aura une grosse dette, ce qui suggère que la prise de contrôle se concrétisera. Historiquement, le marché institutionnel d’assurance d’obligations a été assez exact dans ses prédictions pour de tels événements. Cette fois, l’avenir le dira.
Pour votre information, je détiens BCE Inc. dans mes fonds communs de placement et j’ai vendu des options d’achat mai 40 contre ma position BCE.
Un dernier point pour le commentaire de Derek. J’avais mal lu les cotes d’options (j’ai lu mars au lieu de mai… besoin de nouvelles lunettes). Donc, il y a des options dont l’échéance vient après le mois de mars.
En fait, l’option que je suggérais dans le blogue (ça a été modifié après, mais Derek avait probablement déjà fait son commentaire) était les options d’achat mai (et non mars) 40. En plus, les options d’achat mai 40 étaient les seules dont le volume était suffisant pour qu’on puisse négocier de façon intelligente.

Ajouter un commentaire