Un sentiment de changement

La vague de liquidation qui a déferlé sur le marché a été provoquée par un changement d’état d’esprit, et non par un changement dans les données fondamentales. Un changement dans la prévision que la récession américaine suivra un parcours normal (comme nous avons vu au cours des 20 dernières années) vers un scénario « cette-fois-c’est-différent ». Que cette récession dépendra de l’intégrité du système financier.

Ce qui me ramène à des commentaires faits il y a plusieurs années par un ancien P.D.G. de la Banque de Montréal Matthew Barrett. On lui avait demandé ses commentaires sur un sondage dans lequel les consommateurs soulevaient leur colère contre les pratiques bancaires et les frais très élevés. Il a répondu que le sondage posait la mauvaise question; (je paraphrase) la question n’est pas de savoir si les consommateurs aiment les banques, la question est de savoir si les consommateurs « font confiance aux banques ».

Si les consommateurs/investisseurs ont perdu confiance en leurs institutions financières, c’est l’équivalent économique d’enlever une patte d’une chaise à trois pattes. Les baisses de taux et l’ajout de liquidité ne résoudront pas le problème.

Si on croit que les États-Unis connaîtront une récession/ralentissement normal, alors on doit croire que :

Les institutions financières :

  • dévoileront vraiment l’étendue de leur exposition aux prêts à risque;
  • démontreront qu’elles peuvent obtenir de l’argent pour compenser leur exposition (comme on vu chez Citigroup, Merrill Lynch et CIBC); et,
  • achèteront les institutions de crédit qui ne pourront survivre sans leurs parents disposant de moyens importants (comme l’acquisition de Countrywide Financial par la Bank of America en est un exemple).

La Réserve fédérale :

  • injectera de l’argent dans le système afin que les banques puissent survivre en liquidant leurs frasques sur les prêts à risque et pour permettre un quelconque marché secondaire pour un produit déjà dans le marché;
  • abaissera sérieusement les taux d’intérêt (comme la baisse de 75 points de base qu’on vient de vivre) pour soutenir le marché immobilier et aider les propriétaires à conserver leur propriété; et,
  • espérera que ces mesures n’enflammeront pas l’inflation.

Les consommateurs et les investisseurs américains :

  • surmonteront une importante crise de confiance dans les institutions financières;
  • nettoieront leur bilan financier personnel probablement en passant par la Cour des faillites; et;
  • commenceront à dépenser.

Si c’est ce qui se produit, comment cela affectera-t-il les marchés?

On doit d’abord admettre que les politiques macro-économiques servent seulement à changer l’état d’esprit des investisseurs. Quand les craintes font place à la clarté, on commence à se concentrer sur les prévisions de croissance des bénéfices. On ne verra pas de croissance des bénéfices avant le troisième trimestre, ce qui veut dire que les marchés boursiers s’en ressentiront au deuxième trimestre. Les institutions financières, particulièrement les banques canadiennes, ouvriront fort probablement la parade.

Cela étant dit, je n’envisage pas de hausses marquées dans le marché boursier en 2008. Au mieux, des rendements d’année en année inférieurs à 10 % tant pour le marché boursier américain que le marché boursier canadien. Le plus gros de cette croissance se produira dans la deuxième moitié de l’année. Alors, les stratégies de vente d’options dans la première moitié de l’année sont des stratégies de choix.

Comme toujours, certains secteurs feront mieux que les autres. Les secteurs aurifère et financier seront des secteurs de choix. Bien que pour le secteur aurifère, la plus grosse partie de cette ascension a peut-être déjà été enregistrée. Les mordus du secteur aurifère spéculent que le métal jaune atteindra 1 000 $US au cours de l’année. Mais comme j’en déjà parlé, leur état d’esprit pourrait le faire monter à ce niveau. La clarté ne le fera pas monter plus haut.

Je crois que dès que les investisseurs concluront que le pire est passé dans les marchés du crédit et que les consommateurs sont rétablis, ils se détourneront du secteur aurifère vers le marché plus large. Ce qui signifie, si je peux me répéter, vers les banques canadiennes!

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