Bâtir un portefeuille avec des options : établir précisément un point d’entrée
- Posté par Richard Croft à 31 août 2007 dans Stratégies de négociation
Quand on lui a demandé son opinion sur le marché boursier, Will Rogers, humoriste américain très connu, a répondu : « you buy a stock because it is going up. If it doesn’t go up, don’t buy it ».
Simple avec un brin de réalisme. Quand on pense au marché boursier, on pense croissance. On achète des actions parce qu’à long terme, on espère à les revendre à un prix plus élevé. Pour la plupart des investisseurs, la question est de savoir quand entrer et quand sortir. On achète souvent au mauvais moment pour se retrouver au bout du compte avec un titre en une forte baisse – parfois même à un niveau bien plus bas que notre point d’entrée. Ou alors, on vend juste avant que la société décolle.
Selon moi, il est préférable de passer moins de temps à synchroniser les points d’entrée et de sortie, et d’en passer plus à établir ces points. Au final, on veut un panier d’actions de qualité à des prix raisonnables ou, du moins, une transaction rentable à court terme à l’intérieur d’un portefeuille plus vaste.
Une façon de faire consiste à vendre des options de vente sur un titre qu’on voudrait détenir. Par exemple, disons qu’on souhaite acquérir des actions de Suncor Energy (symbole SU, prix récent 90,50 $), mais qu’on considère leur prix trop élevé. On pourrait vendre une option de vente Suncor décembre 90 à 5,50 $. En vendant l’option de vente décembre 90, on se met dans l’obligation d’acheter les actions à 90 $ l’action d’ici le mois de décembre.
La prime de 5,50 $ l’action ramène le « coût net » de l’action à 84,50 $ (90 $ - 5,50 $ = 84,50 $) si on achète le titre. Ce qui compte, c’est que le coût net (avant les frais de transactions) pour les actions Suncor est un prix avec lequel on est à l’aise.
Un des problèmes avec cette stratégie est le risque de perte en cas de baisse. Le prix du titre pourrait se retrouver en dessous de son niveau actuel sur le marché, mais on doit quand même acheter les actions, et notre risque maximal à la baisse est toujours à zéro.
Bien entendu, il est très peu probable qu’un titre de bonne qualité chute à zéro. Toutefois, même les actions de bonne qualité peuvent subir les contrecoups d’une volatilité intense – ce qui peut être déconcertant.
Prenons Telus pour illustrer cela. Les actions de Telus ont atteint un sommet à 66 $ quand le marché a parié que Telus gagnerait la mise dans les enchères pour BCE. Quand Telus a renoncé à acquérir BCE, son titre est tombé à 52 $ l’action et, au moment d’écrire ces lignes, a remonté à 54,80 $.
Si Telus paraissait alléchant à son sommet, bien que le prix était trop élevé et le risque encore plus, on aurait pu prendre une autre approche qui consiste à établir des points précis d’entrée et de sortie. Dans un tel cas, on peut se tourner vers un spread sur options de vente.
L’objectif est d’accepter l’obligation d’acheter un titre qu’on souhaite détenir, mais avec le spread, on limite le risque à la baisse.
Ainsi, quand Telus était à son sommet (66 $ l’action), supposons qu’on ait vendu une option de vente novembre 66 à 6 $ et qu’on ait acheté une option de vente novembre 60 à 3,50 $. Cette transaction procure un crédit net de 2,50 $ et le risque maximal est 3,50 $ l’action. Le risque maximal (la différence entre les prix de levée et le crédit net reçu) est atteint si, en novembre, Telus se négocie sous la barre des 60 $ l’action.
Passons sur avance rapide jusqu’à aujourd’hui. Telus est à 54,80 $ l’action; les options de vente novembre 66 se négocient à 11,50 $ l’action; et les options de vente novembre 60 sont à 6,25 $. Si on ferme notre position, notre coût (avant les frais de transaction) sera de 5,25 $ l’action. Notre perte nette se chiffre à 2,75 $ l’action, soit la différence entre le coût de fermeture de la position et le crédit initial (2,50 $) du spread.
On subit donc une perte sur la transaction, mais elle est bien moindre que la perte de 11,20 $ l’action pour les acheteurs du titre à 66 $ ou que la perte de 5,50 $ l’action pour les vendeurs à découvert d’options de vente 66 avant la chute.
Le spread nous permet donc de définir précisément les points d’entrée et de sortie, sans avoir à les synchroniser. Et cela fonctionne, peu importe le prix du titre sous-jacent.
Si on avait exécuté un spread haussier sur les options de vente de Telus il y a deux mois, on serait obligé d’acheter les actions à 66 $ d’ici novembre, ce qui correspond à un coût de 63,50 $ après avoir comptabilisé le crédit net de 2,50 $ du spread.
Mais comme on a aussi le droit de vendre le titre à quelqu’un d’autre à 60 $ l’action, on a une porte de sortie ou mieux un montant qui peut être appliqué sur le prix d’achat du titre.
Pour illustrer le point, examinons la position en supposant pour un moment qu’à l’expiration en novembre, Telus se négocie au prix d’aujourd’hui, soit 54,80 $. Supposons de plus qu’on veut vraiment détenir le titre. À l’expiration en novembre, on est assigné sur l’option de vente novembre 66 et on doit acheter les actions à 66 $. Par la suite, on vend nos options de vente novembre 60 à leur valeur intrinsèque de 5,20 $ (prix de levée 60 $ - prix du titre 54,80 $ = valeur intrinsèque 5,20 $).
Le coût net pour les actions Telus est de 66 $ moins le crédit net du spread de 2,50 $, moins le revenu de 5,20 $ de la vente des options de vente novembre 60, ce qui correspond à 58,30 $. Le coût net est très pertinent puisque c’est de cette façon qu’on établit un point d’entrée précis. Dans le pire des cas avec ce spread haussier sur options de vente, on obtient le titre à un prix net qui n’est jamais plus de 3,50 $ (risque maximal par action sur le spread) supérieur au prix actuel sur le marché.
À mon sens, c’est probablement une des meilleures façons de bâtir un portefeuille d’actions au fil du temps. Cela procure aussi une base pour décider si on veut vraiment acheter Telus en novembre. Il se peut qu’en novembre, les raisons qui justifiaient l’achat du titre ne soient plus valables. Dans ce cas, on subit une perte limitée et on passe à un autre titre.
Dans un marché à la hausse, cela a un effet immédiat sur le résultat net du portefeuille. Si le titre se négocie à plus de 66 $ (prix de levée de l’option de vente), on conserve alors le crédit net reçu.

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